L’impact de l’intelligence artificielle sur le Rap

Travis Scott Robot

Démocratisation des logiciels de création, partage des contenus, internalisation des métiers de la communication par les artistes et leurs équipes, les outils numériques et le Rap sont étroitement liés et s’influencent l’un l’autre. Le nouvel enjeu de notre société d’information est sans aucun doute celui de l’intelligence artificielle qui influence déjà nos façons de créer de s’informer et de vivre au quotidien. Cette dernière présentait une limite bien connue : son incapacité a développer une vision artistique et à faire preuve d’imagination pour produire de l’art et des émotions. Affranchie de cette contrainte, l’IA commence à prendre sa place aux côtés des rappeurs et des artistes de manière générale.

Voyons comment l’intelligence artificielle est capable de créer de nouveaux hits ou de ressusciter certains artistes. Pour en savoir plus sur l’aspect technique de l’IA n’hésitez pas à consulter ce premier article sur le sujet.

 

MC feat. IA

Le rappeur Niro a récemment annoncé la sortie d’un projet commun avec les programmes d’IA de Sony Computer Science Laboratories. Ce genre de nouvelle annonce de grosses évolutions pour la création mais est loin d’être une première pour l’intelligence artificielle qui travaille déjà en solo. Sony CSL ou l’agence Space 150 ont respectivement sorti de nouveaux morceaux de Travis Scott et des Beatles sans la participation de ces derniers. Les programmes utilisés ont analysé l’ensemble de la discographie de ces artistes, les textes, les instrumentales et les toplines pour en adopter le style et proposer un nouveau son extrêmement cohérent et déstabilisant. Il peut être difficile de comprendre que les voix entendues sont celles d’un robot. L’IA écrit, compose mais chante également. Celui de “Travis Bott” est même accompagné d’un clip utilisant la technologie Deepfake pour intégrer le visage de l’artiste au mannequin du clip. La possibilité de créer avec les codes d’un artiste, sans lui, donne à sa discographie ou à ses œuvres crées l’image d’une simple amorce permettant à l’IA de prolonger leur art même après leur disparition en incarnant leur style, leur état d’esprit et leurs caractéristiques.

L'intelligence artificielle en carrière solo

Un programme est incapable de créer de l’art, il crée simplement un résultat en composant avec les données brutes que l’Homme lui a donné. La dimension artistique dépend alors de notre regard subjectif pour discerner un bruit sans intérêt d’un morceau musical ou un trait sur une toile d’un tableau de maître. Si les algorithmes peuvent reproduire le style d’un artiste, ils peuvent également innover et proposer de nouveaux sons sur mesure : c’est la mission du programme AIVA, que je vous invite vraiment à essayer. Ce dernier permet, en quelques secondes, la création de musiques uniques et libres de droit en paramétrant simplement le courant musical, les instruments ou encore la durée du morceau à créer. Il peut ensuite être exporté et modifié dans des logiciels classiques de beatmaking. 

MC : de Master of Ceremony à Machine of Ceremony

L’intelligence artificielle est déjà utilisé depuis longtemps dans le Rap et la musique plus globalement à travers des programmes d’auto-tune, de graphisme ou de production vidéo mais elle occupe aujourd’hui une place beaucoup plus centrale dans la création. Même s’il s’agit d’algorithmes indépendants, l’IA est désormais en charge de la création des textes, des toplines, des instrumentales, du choix des morceaux que vous découvrez sur YouTube ou sur les plateformes de streaming et de nombreux autres rôles a des degrés plus ou moins élevés. Il est possible que d’ici quelques années le rapport à la musique et à l’art soit complètement différent. Nous pourrions ne plus écouter un album commun d’un artiste mais des morceaux uniques générés par une IA à partir des sons de nos artistes préférés et chacun aurait ses propres sons inédits à partager.

“Le plus difficile dans la création d’une nouvelle œuvre, c’est le premier trait. Celui qui vient troubler l’équilibre de la page blanche. Celui qui, en choisissant d’être, assassine une infinité d’autres réalités.” (Nekfeu, Les étoiles vagabondes) La question soulevée par cet article est la suivante : si ce premier trait artistique est tracé par une machine, l’IA rendrait-elle la création plus riche et plus inspirée ou risque-t-elle de remplacer l’art et l’imagination ?